Le terroir

Les sols de Mazeyres

Graves fines argileuses
Sables argileux
Argiles gravelo-sableuses

C’est l’Isle qui a créé Pomerol. Des dépôts ont été amenés au Pléistocène moyen suite à l’érosion des Pyrénées et du Massif Central. Nous pouvons définir trois zones sur le terroir de Pomerol. Le plateau dans lequel les taux d’argiles dans le sol sont les plus élevés, le début de la rupture du plateau où l’argile reste très présente mais est mélangée à des cailloux parfois dans des proportions importantes, puis des terrasses successives, résultat de l’érosion provoquée par l’Isle vers l’ouest et le sud, et de l’érosion de la Barbanne au nord. Les sols de Pomerol sont riches de dépôts d’oxyde de fer que l’on nomme ici « crasse de fer ». Il est couramment admis qu’elle participe à la typicité des vins de Pomerol.

 

Mazeyres est situé sur les terrasses ouest et sud dans l’appellation Pomerol. Nous pouvons dire que le vignoble se décompose en trois zones distinctes, chacune avec des sols différents. Autour de la maison, dans la partie ouest de l’appellation, ce sont des graves fines argileuses. Nous sommes sur de la graves d’un calibre se situant entre le caillou fin et le sable grossier. Parfois les graves sont mélangées à l’argile, parfois elles se succèdent en couche. Parfois, les cailloux affleurent en surface, parfois du sable est posé sur l’ensemble. Il y a donc une grande variété qui va influencer le profil des vins. Cependant persiste une certaine cohérence vers la droiture, la finesse, le ciselé et l’élégance. Dans la partie sud de l’appellation, on trouve des sables argileux. Ce sont des sables posés sur de l’argile, tantôt noirs, tantôt blancs, tantôt bariolés. Les racines vont traverser le sable et aller chercher leur eau dans l’argile qui est un réservoir. Ici les vins seront sphériques et charnus avec une belle densité en milieu de bouche. La troisième zone est plus à l’est, au pied du plateau. Il y a là des argiles gravelo-sableuses, avec des taux d’argiles plus élevés que dans les autres parties du vignoble. Cette argile confère aux vins plus de puissance. Ils sont la colonne vertébrale de l’assemblage des vins de Mazeyres, leur partie centrale.

 

 

Tous ces sols ont en commun de produire des vins dont le toucher est vraiment particulier. Ils révèlent la dimension veloutée que peut produire le Merlot dans un tel contexte. Pourquoi ce velouté apparaît systématiquement sur des terroirs pourtant bien différents les uns des autres ? La réponse n’est pas donnée. La faculté d’œnologie de bordeaux a cherché à comprendre ce qui caractérise un grand terroir en prenant pour entrée une autre question. Celle de savoir comment mettre en évidence ce qu’est un terroir à vin rouge et ce qu’est un terroir à vin blanc. Deux facteurs primordiaux ont été découvert. Le régime hydrique du sol tout d’abord, avec l’idée que pour faire un grand vin rouge, il faut que la vigne entre dans une contrainte hydrique à partir du moment où elle va commencer à faire mûrir ses raisins et jusqu’aux vendanges, et que cette contrainte ne doit jamais être excessive. Avec de l’eau facilement disponible pour les racines, le vin sera commun. À l’inverse, soumise à une  sécheresse excessive la vigne est soumise à un stress hydrique et la finesse se perd dans la souffrance de la plante. Le deuxième facteur déterminant découvert par cette faculté concerne le rythme de l’azote. L’azote est un élément stimulant nécessaire pour la croissance de la vigne mais l’excès aboutit à une perte de finesse et de qualité. Cette richesse outrancière en azote existant ou apporté, n’est donc pas adaptée pour produire de grands vins. Ces découvertes ont beaucoup d’intérêt, mais il n’est question ici que d’éléments minéraux, de structure des sols, cailloux, sables grossiers, sables fins, sables très fins, limons, argile. Ne faudrait-il pas, pour aboutir à des résultats un peu plus élaborés, s’intéresser à la dimension organique des sols ? Quelques réponses supplémentaires n’en surgiraient-elles pas ? Le plateau calcaire de Saint-Émilion se prolonge vers l’est jusqu’à Castillon. Or sur un plan géologique, le plateau calcaire de Saint-Émilion et celui de Castillon sont identiques. Néanmoins, Ausone et Belair sont à Saint-Émilion et pas à Castillon et nous n’avons jamais été ne serait-ce que proche, de faire de l’Ausone à Castillon. On peut dire que c’est un peu plus à l’est, un peu moins maritime, qu’il y a quelques nuances dans le micro climat, mais cela n’explique pas tout. Il reste donc beaucoup de recherches à mener en adoptant une attitude un peu plus holistique. S’intéresser à cette part vivante que sont les micro-organismes semble une piste sérieuse. Nous savons que l’adaptation induit un double mouvement de la plante vers le sol et du sol vers la plante. Le sol est aussi fabriqué par la vigne que la vigne répond au sol. Il reste de stimulants mystères à lever au sujet de ce dialogue naturel et ascendant.